Ethiopie, Abobo - Pas seulement de poésie et stupeur!

27 avril 2016

Ethiopie ne signifie pas seulement poésie et stupeur… tristesse et désarroi sont les sentiments transmis par la dernière lettre de Maria Teresa Reale, qui nous écrit depuis Abobo, dans le parc de Gambela, en Ethiopie.

Abobo, 19 avril 2016

Chères amies, chers amis

Peut-être que vous avez déjà appris la nouvelle sur les médias (les chaînes BBC et Euronews en ont parlé) : les Murle ont franchi la frontière éthiopique en grand nombre et lourdement armés. Ils ont attaqué pendant quelques jours des villages proches de la frontière, dans la partie Anuak (à Two, dans le district de Jor et au-delà du fleuve Gilo) et le vendredi passé dans la partie Nuer (des villages situés le long du fleuve, entre Nynignang et Jikaw, après Lare). Ils ont notamment attaqué des villages habités par des femmes et des enfants qui élevaient du bétail au bord du fleuve. Ils ont également tué 220 personnes et ensuite enlevé 108 enfants. Les blessés sont nombreux et se trouvent tous à l'hôpital de Gambela. Le personnel des centres médicaux dans la région de Gambela jusqu’à Bonga a travaillé sans interruption par équipes et les ambulances ont fait aller-retour de Lare à Gambela pendant deux jours entiers. Les cas les plus graves ont été transférés à Metou ou Jimma.

Ensuite, les hommes Nuer sont parti en groupe avec quelques soldats et il paraît qu’ils ont tué environ soixante Murle pour répondre à l’attaque subi. Les gens disent que les Murle portaient des uniformes militaires de l’armé du Sud Soudan. Cependant, quand le Gouvernement central de Addis-Abeba a envoyé ses représentants dans les villages attaqués et a demandé des clarifications au gouvernent sud-soudanais, ce dernier a répondu que les Murle ne sont pas parmi les peuples qu’il a reconnus et ont agi indépendants.  

Le gouvernement éthiopique a communiqué et promis à travers les chaînes officielles des medias qu’il fera tout son possible pour trouver et ramener en Ethiopie les enfants enlevés et aussi le bétail (la télévision éthiopique dit que les vaches volées sont 2000).

Nous sommes restés sans voix. Ces actes sont criminels et inacceptables. Les morts sont presque tous des femmes, des enfants et des hommes âgés.

Vous savez bien que toutes les années les Murle franchissent la frontière, volent les troupeaux et parfois tuent les bergers ou enlèvent quelques enfants. Toutefois, cette année leur méthode a été plus violente, massive, grave.

C’est vraiment triste… enlever 108 enfants !

Evidemment, à Abobo nous ne sommes pas témoins directs de ces évènements, parce que les Nuer ne viennent plus ici (ni vivants, ni morts…). La paix entre les Anuak et les Nuer est fausse ; ils ne se mêlent pas.

Le collège ne réussit pas à rouvrir, les Nuer ont arrêté d’aller à l’école. Ils ne se mêlent plus aux personnes qui n’appartiennent pas à leur groupe.

Vu que cette nouvelle est grave et importante, et désormais connue en Europe, j’ai voulu vous transmettre ce que j’ai vu et entendu.  Nous ne savons rien d’autre. Dans nos missions de Nynygnang Lare et Pugnido tout le monde va bien.

Union de prière

Tere (Dott.ssa Maria Teresa Reale)